425 jours loin du chaos, ou presque
Par curiosité, j'ai entré la date de ma dernière connexion à Facebook sur un site web qui compte les jours... Il apparait que ça fait aujourd'hui un peu plus de 425 jours que je me suis connectée à ce monstre.
J'ai trouvé ce chiffre beau et j'ai eu envie de me remémorer cette expérience mois par mois...
Fin avril 2025 et mai. Les premiers jours, je ressens un grand manque. Je crains avoir paramétré mon compte pour une suppression, puis mon angoisse s'envole quand je me persuade enfin que ce n'était que pour une désactivation. À ce moment, il m'est encore très important de pouvoir « revenir » sur les réseaux afin de redémarrer ma page d'artiste. Je me dis que je reviendrai en octobre et que c'est une pause pour me ressourcer d'ici-là... Je sens que mon identité est encore très liée à cette foutue page Facebook.
Juin. Le sevrage initial est passé. J'arrête de compter chaque jour qui passe comme si c'était une victoire : mon départ me paraît maintenant acquis. Je commence à remarquer que les gens sont très accros à leurs téléphones. On me parle constamment d'évènements sur Facebook et je me sens heureuse de ne jamais y être impliquée; c'est un choc que de me découvrir ce côté asocial, mais je me sens cheminer.
Juillet. Je me rends compte que je ne suis plus au courant des vacances de quiconque. Je commence à connaitre une sorte de paix intérieure devant la réalisation que je dois vivre moi-même des expériences pour voir la plage, voir les terrasses, voir la nature; je ne les apprends plus par les photos des autres. Je me sens aux anges, comme si j'étais revenue quinze ans en arrière, bien avant le web 2.0... Une vraie liberté. Je connais aussi des changements importants sur le plan personnel, et le fait d'être déconnectée me permet de prendre le temps de vivre pleinement ces choses.
Août. Mon plus bel été depuis longtemps. Je ne me sens pas obligée de vivre des choses extraordinaires pour me comparer positivement à ce que j'ai vu; au contraire, je commence à redécouvrir ce que j'aime vraiment. Je savoure à fond les petites joies que je vis en privé avec mes proches... Et je découvre que j'aime beaucoup, beaucoup être au courant de rien. Mon univers rapetisse et se recentre sur les quelques personnes qui sont vraiment importantes pour moi.
Septembre. J'ai retrouvé ma faculté de concentration, je suis capable de lire un livre à nouveau et je me sens très bien. Je vis même une épiphanie après avoir écrit quelque chose comme 20 000 mots en dix jours; un immense pas vers l'avant que j'attribue au fait d'être maintenant capable d'entrer dans un état de profonde introspection.
Octobre. Je me disais que j'allais « revenir » sur les réseaux en octobre... Mais évidemment qu'en octobre ça ne me tente plus. Je réalise enfin que ça me rendait malheureuse d'être là, bien que j'essaie encore de me convaincre qu'un retour serait possible.
Novembre. Réflexions et introspection. Je me questionne sur mon réflexe à me justifier sans raison, à chercher constamment à plaire pour que l'on m'accepte, et ainsi de suite... Je réalise que je me sens détendue puisque je n'ai plus à faire ces efforts comme quand j'étais encore sur Facebook. Puis les évènements s'enchainent dans ma vie personnelle et ça devient moins beau.
Décembre. Les fêtes reviennent avec leur ambiance et leur musique, hélas! J'appréhende cette période chaque année, mais je la trouve beaucoup moins envahissante cette fois. Je n'ai pas à me taper toutes les publications habituelles sur Noël dans les réseaux, et je décide en parallèle de m'éloigner des magasins et de la radio. Je ne sens pas tant cette période passer, donc, et je n'en retire que les beaux moments en famille... À répéter!
Janvier 2026. Une nouvelle année commence et j'aime beaucoup les nouveaux départs. Je me fixe des objectifs et je suis pleine d'espoir. Je me dis que je pourrais revenir sur les réseaux en avril, qui sait, et y présenter mes nouvelles œuvres... J'écris même d'avance mon texte « de retour »... Mais il est pathétique.
Février. Il y avait certains amis dont je tenais à suivre les pages d'artistes Facebook, et je les avais listées dans un fichier afin d'aller les consulter en mode déconnecté. Je l'ai fait sporadiquement jusqu'ici, mais je ne le fais plus. L'envie de prendre des nouvelles d'eux de cette façon s'est finalement estompée. Je me dis qu'ils me contacteront par texto s'ils ont vraiment une réalisation extraordinaire à me partager... En réalité, je comprends que ces personnes ne font plus tellement partie de ma vie.
Mars. Les derniers mois ont été difficiles et ça se termine en grande avec le mois de mars, particulièrement abjecte. En plus, je suis à la fin de ma dépression saisonnière. J'emmerde Facebook et l'idée d'y revenir.
Avril. Ça fera bientôt un an que je n'ai pas donné signe de vie sur Facebook et ça n'a absolument rien changé au déroulement du monde... En avril, je m'avoue enfin que je ne veux plus rien savoir de tout cela. J'ai mis cette réflexion en mots : « Je n'aime pas avoir à attirer l'attention. Je déteste avoir à susciter ou à maintenir l'intérêt d'autres personnes d'une quelconque façon. Je le vis comme si je cherchais à devenir une sorte de fou du roi, un clown de service... Je ne veux vivre que pour moi, maintenant. »
Mai. Je démarre ce blog de façon anonyme quelques jours avant l'arrivée de mai et je découvre ce que c'est que d'écrire principalement pour soi. J'écris de façon beaucoup plus apaisée qu'il y a quelques mois, puisque je ne me sens plus rien à prouver; en fait, je détestais tellement me mettre de l'avant façon « personal branding » que j'en étais devenue aigrie... Mais ici, je retrouve mon optimisme et mon bon sens.
Juin. Je constate le chemin parcouru depuis le début de l'année. Ce n'est en rien ce que j'avais prévu comme objectifs en janvier : j'avais sagement misé sur une remise en forme, une perte de poids et le développement de nouvelles compétences par le biais de formations en ligne... Ce que je constate aujourd'hui, c'est que j'ai plutôt fait des pas de géant vers les aspects psychologiques auxquels j'espérais peut-être me rendre un jour... En fait, ce que j'ai vécu me dépasse. L'épiphanie de septembre y est pour quelque chose et probablement que ma déconnexion des réseaux sociaux y est aussi. J'ai laissé assez de vide à mon mental pour régler les problèmes que je souhaitais régler depuis longtemps. Je me suis isolée, aussi... Ça n'a pas été une année facile pour toutes sortes de raisons, mais en avril j'étais redevenue heureuse... Et en ce moment, je constate que j'ai avancé comparé là où j'étais l'année dernière. C'est tout ce qui compte, au fond.
425 jours loin du chaos, donc.
En fait, c'était un début.
Le chaos s'est maintenant déplacé vers Pinterest et Youtube, et il faudra que je le combatte là-bas aussi...