Apprendre à clarifier le « murmure confus de notre âme » (Citation)
« À propos de notre pensée, lorsqu'elle erre dans cet entre-deux, ni pensée volontaire de la résolution d'un problème ni active de la construction d'un projet, le philosophe André Comte-Sponville parle de ce « murmure confus de notre âme ». La formule est juste et belle. Clarifier ce murmure confus, en faire un véritable usage (et non le subir), faire de sa pensée un outil, lorsque c'est nous-mêmes qui sommes son objet, cela ne va pas de soi.
Nous ne le faisons pas tout seul, ou rarement. Parce qu'on ne sait pas comment s'y prendre. [...] Souvent, pour apprendre à nous parler à nous-mêmes, nous allons chez un psychothérapeute. Pas seulement pour parler de nous, contrairement à ce que croient beaucoup de personnes, mais aussi pour nous parler à nous-même. Une bonne partie de l'efficacité de la psychothérapie me semble venir de cela : régulièrement, aller voir quelqu'un dont le travail consiste à faire réfléchir sur soi. Et qui nous aide à nous extraire de ce murmure confus, de ces approximations, de ces habitudes, de ce prêt-à-penser qui est notre quotidien. Qui nous aide à réfléchir, c'est-à-dire non pas vaguement ruminer, mais faire des phrases, mettre des mots, et donc préciser de vagues sensations ou intuitions. Chercher comment se sont construites nos difficultés, comment elles se maintiennent, ce que nous nous en disons à nous-même. [...] On peut aussi, cependant, et c'est le cas le plus fréquent, se passer de thérapeute. »
— Christophe André dans son livre Imparfaits, libres et heureux (2006)