Être dans la gratitude - Ma maison
(Je réserverai un dimanche sur deux à un aspect de ma vie pour lequel j'ai de la gratitude. C'est une façon pour moi de remettre les choses en perspective et d'ouvrir mon cœur au présent.)
Aujourd'hui, j'ai de la gratitude pour ma maison.
Oui, dans une époque comme la nôtre, j'ai la chance de posséder une maison avec mon compagnon. Et j'ai aussi l'immense chance de l'avoir achetée avant que n'arrive la pandémie dans nos vies... À l'époque — car c'était réellement une autre époque — les prix n'étaient pas aussi fous d'aujourd'hui.
J'admets avoir vu cette maison comme une corvée au moment de l'achat. Je l'ai achetée un peu à reculons, alors que pour mon compagnon c'était l'un des plus beaux moments de sa vie. Je n'aimais pas l'idée de me « poser »; j'étais habituée aux appartements dont on change lorsqu'on n'aime plus le quartier... Mais l'achat d'une maison change tout ça. C'est une décision que l'on prend et à laquelle on se tient... Et ça m'effrayait.
Il faut dire que je n'ai pas eu les meilleurs modèles autour de moi. Mes parents ont laissé notre maison familiale tomber en ruine. Je les voyais incapables d'y poser un seul clou ou d'entretenir le terrain; était-ce par lâcheté, par peur ou par réelle incapacité? Je ne saurais dire... Il y avait même certaines pièces condamnées, sales et encombrées. En gros, notre lieu de vie était laissé à l'abandon. Je n'ai pas souvenir d'une rénovation avant l'arrivée d'un bon monsieur qui nous a pris en pitié; jusque là, les choses brisaient et n'étaient pas réparées.
Aujourd'hui, avec du recul, je me demande : comment s'enthousiasmer à l'achat d'une maison lorsqu'on n'a connu que ça? Je comprends pourquoi j'y suis allée à reculons. Et pour cette raison, malheureusement, je n'ai pas apprécié ma propre maison comme j'aurais dû le faire.
J'en ai vraiment pris conscience durant la dernière année. J'ai décidé de prendre le taureau par les cornes et d'agir consciemment. Je ne veux pas reproduire ce que j'ai vu chez mes parents. J'ai entendu toute ma jeunesse des phrases comme « je suis nulle en travaux manuels » ou « je n'ai jamais été bon là-dedans », et j'ai cru que ce serait mon destin à moi aussi.
Mais non. Il s'avère que je puisse devenir habile si je m'y mets. Déjà, m'intéresser à la façon de faire les choses, lire des ouvrages, comprendre les étapes, participer... Tout ça me donne une longueur d'avance sur ceux qui se disent « nuls ».
C'est souvent la peur qui fait penser ainsi... Tant de choses reposent sur la peur.
La chose la plus spirituelle que je puisse faire à ce moment de ma vie est d'apprendre à travailler de mes mains pour donner de l'amour à ma maison.
Voilà, c'est dit...
Gratitude pour l'expérience que me fait vivre ma maison et pour la personne qu'elle m'invite à devenir, et gratitude pour mes bons voisins qui sont toujours là pour me donner un coup de main.