J'aime les gens bien en vie
Autant les personnes sobres et posées m'impressionnaient par le passé, autant ce sont les personnes pleines de vie qui ont mon admiration à présent. Ici je parle de toutes les personnes qui sourient souvent, qui éclatent de rire elles-mêmes et qui savent faire rire les autres; les personnes qui bougent, qui ont des passions et qui s'y dédient, qui ont des projets et les démarrent, qui ont des idées et qui les réalisent...
Les gens qui osent... Les gens qui aiment...
Les gens bien en vie.
J'aime les gens bien en vie. J'ai longtemps pensé que je ne pouvais pas les côtoyer puisque je ne venais pas de cet univers-là. Dans ma famille, nous étions plutôt dans la non-vie : les réflexions défaitistes, les hésitations qui ne menaient nulle part, les projets non réalisés qui devenaient des regrets... La peur des autres, qui menait à la haine des autres...
C’était ma normalité, enfant, d'observer autour de moi des adultes léthargiques et solitaires. Une loi non écrite nous invitait à ne rien tenter trop fort.
Nous étions tous déjà morts, ou presque.
* * *
Je pense souvent à ma vie d'avant et aux répercussions que je constate dans ma vie actuelle; j'ai quand même vécu jusqu'à trente-cinq ans dans une sorte d'engourdissement, et les conséquences de certaines décisions que j'ai prises dans cet état d'esprit m'impactent encore.
Je me dis que j'ai évité le pire, car la vie m'a toujours attirée. Les gens en vie viennent me chercher : ils me rappellent que je suis vivante moi aussi, et que je ne dois surtout pas tomber dans les vieux réflexes de léthargie et de non-vie dans lequel j'ai été élevée.
J'ai travaillé pendant des années avec une psychologue à réveiller la vie en moi. Je me souviens du fauteuil où je m'asseyais, face à elle, en lui disant encore et encore combien j'aurais aimé me sentir en vie comme ces nouveaux amis que je venais de me faire et qui étaient tout ce que je n'arrivais pas à être... Nous parlions de « l'élan de vie », qui était à ce moment une complète abstraction pour moi : j'imaginais une sorte de petite plante sauvage qui aurait à éclore, alors qu'en réalité j'ai ressenti cet élan de vie comme une sorte de feu.
Ce feu, je le décrirais comme un mélange de joie, d'amour et de courage que j'avais pu observer chez d'autres personnes et qui m'avait instantanément fait les aimer.
En appréciant la vie chez d'autres, j'ai pu la reconnaitre chez moi...
Et cela m'a amenée à m'aimer.
Enfin.