La peur qui se masquait derrière la colère
J'ai récemment cherché parmi les textes que j'avais écrits l'an passé, pour voir s'il y en avait un que j'aurais pu partager sur ce blog. J'ai constaté que plusieurs avaient été écrits avec une tournure passive-agressive qui me déplait terriblement aujourd'hui.
Mais quelle mouche m'avait piquée, l'an passé, pour que j'écrive de cette façon?
Je perçois la colère dans ces anciens écrits. Ou devrais-je dire, je perçois la peur qui se masquait derrière la colère...
Je vois bien que j'essayais de convaincre quelqu'un dans ces textes. Je m'adressais à un lecteur fictif, mais aujourd'hui je comprends que c'est moi que je cherchais à convaincre.
Je croise de temps en temps ce genre de texte sur le web; des textes passifs-agressifs où l'auteur, désabusé, tente de convaincre autrui qu'il a eu raison de décider de se refuser quelque chose (à jamais, la plupart du temps). Il énumère alors froidement tous les petits faits qui ont mené à cette décision définitive.1 Ces textes se distinguent des simples textes d'opinion par la présence d'une colère que l'on peut percevoir entre les lignes; une colère qui me donne envie de m'adresser à l'auteur pour lui dire, « je suis désolée que ça n'a pas fonctionné pour toi, mais je t'en prie, laisse-toi une deuxième chance ».
Car je comprends aujourd'hui ce dont je voulais tant me persuader... Je voulais me convaincre de la pertinence de mes décisions et de ne pas donner une deuxième chance aux actions où j'avais échoué; je voulais me convaincre de rester dans la souffrance en lui trouvant une raison d'être.
Je voulais avoir raison.
L'idée que j'avais de moi-même m'importait plus que mon bonheur. Il fallait que je préserve l'idée que j'avais de moi-même, coûte que coûte... Et ce, surtout dans des aspects de manque, de déception, de résignation, etc. En écrivant sur mes échecs, je consolidais cette idée.
Pourquoi écrit-on sur son blog? On dit évidemment que c'est pour s'adresser aux autres. Mais je crois que c'est aussi pour s'adresser à soi-même, façonner l'idée que l'on a de soi-même, se définir en tant que personne... Se « trouver », quoi...
Chacun le vit comme il le sent. Pour moi, c'est déconstruire morceau par morceau les aspects négatifs de l’image que j'ai de moi-même après plus de quarante ans... J'essaie d'être dans l'amour et non dans la peur, et c'est un travail de tous les instants. Au lieu de me contracter et de me replier sur mes vieilles opinions, j'essaie de me donner une chance de changer en mieux; au lieu de me méfier, je me laisse l'occasion d'être émerveillée, si cela devait m'arriver.
Je dirais que je travaille surtout à créer de l'espace mental pour y mettre du beau. C'est peut-être naïf d'écrire cette réflexion en toute sincérité, sur une plateforme publique, mais pourquoi pas?...
Je crois qu'il est possible de partager ses états d'âme sans aucune peur, ni amertume. Il faut simplement le faire avec la volonté de vraiment dire la vérité.
En écrivant cette phrase, j'ai vu un lien avec le texte que j'ai partagé ici le 29 mai, puis j'ai réalisé que je ne l'avais pas écrit dans la peur; au contraire, l'idée que j'avais de moi-même en qu'artiste réussissant sur les réseaux sociaux ne tient plus depuis longtemps, et cette réalisation m'a délivrée d'un poids énorme. Alors j'ai bien pris une décision, mais ça me semble avoir été fait en toute sérénité.↩