Minuit dans le désert

Peut-on être calme, réservé... et heureux?

J'ai eu une discussion il y a quelque temps avec une amie. À noter que cette amie est très directe — comme la plupart de mes amis, une qualité que j'aime chez eux — et qu'elle ne s'est pas gênée pour faire une comparaison entre sa sœur et moi :

« Ma sœur était comme toi, avant... Toute douce... Toute réservée... Toute calme... Et un jour sa personnalité a changé du tout au tout. Depuis ce moment, la liberté a primé pour elle. Elle voulait être libre, peu importe le reste... »

Je lui ai évidemment demandé quelle avait été la cause d'un tel changement de personnalité.

« Ma sœur s'est séparée de son conjoint pour enfin se sentir libre de faire toutes les choses qu'il n'a jamais voulu faire avec elle. Maintenant elle voyage tout le temps, elle sort et elle dit que s'attacher à un homme, c'est terminé pour elle. Elle est avec quelqu'un aujourd'hui, mais elle lui a fait savoir qu'elle ne lui promettait rien. »

J'en ai compris que cette femme s'était mise à vivre en réaction à quelque chose, et que cette sorte de rage initiale l'avait fait changer de personnalité.

Je n'ai pas pu m'empêcher de me demander pourquoi il était si bien vu de cesser d'être calme et réservé. C'était la plus grosse réussite que mon amie voyait chez sa sœur : sortir de sa réserve et OSER... Mais sa sœur est-elle réellement plus heureuse aujourd'hui? D'après ce que j'ai entendu sur elle, je ne pense pas que ce soit le cas.

D'un autre côté, on pourrait aussi se poser la question suivante : peut-on être calme, réservé... et heureux?

Je sais que oui, car je le suis.

Cela dit, c'est étrange à exprimer aux autres...

Ça parait improbable.

Je suis calme et réservée. Je ne brasse pas beaucoup d'air et je le sais. Aujourd'hui, je suis parfaitement heureuse là-dedans.

Je sais que je ne représente pas les valeurs et les comportements à la mode de nos jours. Je ne me vois pas me mettre en lumière car je préfère sincèrement travailler dans l'ombre. J'aime les longues discussions philosophiques et sur le sens de la vie. Je peux regarder mes fleurs pendant des heures. Et — sacrilège! — l'idée de voyager ne m'interpelle pas particulièrement. Ma vie intérieure prend énormément de place pour moi et pour cette raison, j'ai besoin de beaucoup de temps à moi, seule, dans le calme.

Je disais à mon amie que mon mode de vie n'était pas palpitant à raconter, et c'est pourquoi je n'en parlais pas beaucoup; pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi heureuse qu'aujourd'hui. Je pense que j'ai enfin accepté que mon mode de vie n'intéressait que moi, mon compagnon et mes plus proches amis.

C'est peut-être l'âge, mais je ne me sens plus rien à prouver aux autres. Je ne serai jamais l'extravertie charmeuse et populaire que je rêvais d'être jadis... Pire, aujourd'hui, je me fous de l'être. Je ne me sens plus l'obligation de partager publiquement les choses étranges qui me passionnent et qui occupent tout mon temps. Je ne donne de mes nouvelles qu'à très peu de gens.

Et c'est moi, tout ça... C'est mon essence de femme calme et réservée que j'exprime, j'oserais dire, à la perfection.

Je me suis longtemps rendue malheureuse en souhaitant me changer pour devenir plus animée que je ne le suis naturellement. Mais pourquoi vouloir être animée? Le monde a besoin de gens calmes et réservés, ne serait-ce que pour contrebalancer la présence des extravertis autour...

Et qui sait si je suis réellement « toute douce, toute réservée » ? J'ai eu récemment à prendre une décision assez difficile et à l'annoncer à quelqu'un : je n'y suis pas allée pas quatre chemins, mais j'ai réussi à le faire avec tact. Je ne me défile pas lors de ces situations. J'ai eu à y faire face plus souvent qu'à mon tour, que ce soit dans ma vie personnelle ou dans mes emplois. J'étais parfois la seule à me tenir debout même si ma voix n'était pas très forte... Peu importe si j'avais l'air timide... J'étais quand même debout...

J'ai réalisé avec le temps qu'agir avec diplomatie était parfois perçu comme une faiblesse de ma part, mais on dirait que j'ai arrêté de m'en faire lorsque j'ai compris que ma simple existence déplaisait aux gens fourbes, revendicateurs et colériques. Je reconnais cependant la chance que j'ai de ne pas être abordée par eux; j'ai l'impression qu'ils ne veulent pas perdre leur temps avec moi.

Bref, je serai toujours trop calme, trop douce et trop réservée pour certains...

Et puis?

Ces gens sont-ils vraiment plus heureux que je le suis?

#bonheur #introspection