Minuit dans le désert

Elle m'a dit être fière de moi et j'en ai été bouleversée

Ça commence par quelque chose d'assez banal... Je suis présentement en train de travailler à l'aménagement de mon jardin. Il y a une grande zone de fleurs sauvages et j'ai décidé d'acheter des briques pour créer un muret autour. C'est la première fois que je pose un muret. À cette date, j'en ai posé la moitié. J'ai travaillé jusqu'au coucher du soleil avant de m'arrêter. Le résultat dépasse de loin mes attentes, tout a fonctionné du premier coup. Heureuse, j'ai sorti mon téléphone pour en prendre une photo et l'envoyer à ma belle-mère, que j'avais vu plus tôt dans la journée.

J'ai reçu sa réponse peu après.

« Wow! tu es géniale, je suis fière de toi. » 😘 « Super beau! »

J'étais heureuse, évidemment. Puis mon regard s'est porté sur ces mots :

« Je suis fière de toi. »

Je ne me souvenais plus à quel point ça me manquait qu'une personne plus âgée que moi me dise qu'elle était fière de quelque chose que j'avais fait.

« Je suis fière de toi. »

Ce sont des mots que mon compagnon entend régulièrement de la part de ses parents. Je n'ai plus ce genre d'encouragement des miens depuis des années.

« Je suis fière de toi. »

Vraiment, ces quelques mots m'ont bouleversée.

Nous nous félicitons, mon compagnon et moi, chaque fois que nous sommes fiers de l'autre; je félicite aussi mes amis lorsque je suis fière d'eux, et vice versa. Nous sommes des gens du même âge qui apprenons tous la vie en même temps et nous nous félicitons entre nous de savoir la traverser.

Mais lire ce message de ma belle-mère qui me disait qu'elle était fière de moi, avec son regard bienveillant — et de plus, l'entendre me le redire au téléphone le lendemain, car elle voulait renchérir là-dessus — ça m'a vraiment fait remarquer à quel point ça me manquait de la part d'une « figure d'autorité ».

J'ai tendance à sous-estimer ce dont je suis capable. Mon compagnon le sait et il me rappelle constamment mes habiletés. Je lui demande de l'aide pour des choses dont je pourrais m'occuper seule, par manque de confiance en moi. En écrivant le texte que j'ai partagé ici il y a deux jours, j'ai réalisé que les compliments que je recevais plus jeune étaient surtout liés à des choses esthétiques et ludiques... Je n'ai jamais vraiment reçu de félicitations sur ma débrouillardise, ou sur une quelconque qualité utile qui me rendrait autonome et efficace dans la vie... C'est probablement pourquoi je doute autant de mes aptitudes aujourd'hui.

Cette façon d'aborder les choses avec moi lorsque j'étais jeune était délibérée à un certain point, et ça me peine. Je suppose que je serais beaucoup plus loin dans la vie si on avait cru en moi et qu'on avait vraiment souhaité mon bonheur; c'est-à-dire, si on avait vraiment travaillé à ce que je puisse me réaliser en tant que personne entière et autonome.

L'important est de m'en être rendue compte. Et c'est pour cette raison que j'ai démarré ce blog... Pour me forcer à réfléchir. Pour vivre des épiphanies, parfois... Et pleurer, d'autres fois... Comme au moment où j'écris ce texte.

Oui, en ce moment, je suis dans l'aménagement paysager jusque dans mon esprit. C'est de cette façon que la magie prend place : elle défriche les zones d'ombre pour faire place à la lumière...

J'aime croire que les fleurs ne s'épanouissent pas seulement dans mon jardin...

Je sens qu'elles le font aussi dans mon âme.

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